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26/03/2013

Psautier de Genève (1587)

PSAUMES 1 à 3, 25, 42, 66 et 68.

PSAUME 1

1. Qui au conseil des malins n’a été,
Qui n’est au train des pécheurs arrêté,
Qui des moqueurs au banc place n’a prise,(1)
Mais nuit et jour la Loi contemple et prise
De l’Éternel, et en est désireux :
Certainement celui-là est heureux.

2. Et semblera un arbre grand et beau,
Planté le long d’un clair courant ruisseau,
Et qui son fruit en sa saison apporte,
Duquel aussi la feuille ne chée morte.(2)
Si qu’un tel homme et tout ce qu’il fera
Toujours heureux et prospère sera.

3. Mais les pervers n’auront telles vertus:
Ainsi seront semblables aux fétus,
Et à la poudre au gré du vent chassée:
Partant sera leur cause renversée
En jugement, et tous ces reprouvés
Au rang des bons ne seront point trouvés.

4. Car l’Éternel les justes connaît bien,
Et est soigneux et d’eux et de leur bien:
Pourtant auront félicité qui dure:
Quant aux méchants qui n’ont ni soin ni cure(3)
De s’amender le chemin qu’ils tiendront,(4)
Eux et leur faits en ruine viendront.

(1) "banc" : "trac" (1562).
(2) "chée" : du verbe choir, signifie tomber.
(3) "Et pour aultant qu'il n'a ne soing ne cure" (1562).
(4) "Des mal vivants, le chemin qu'ilz tiendront," (1562).

PSAUME 3

1. Ô Seigneur que de gens
À nuire diligents.
Qui me troublent et grèvent!
Mon Dieu, que d’ennemis
Qui aux champs se sont mis,
Et contre moi s’élèvent.
Certes plusieurs j’en vois,
Qui vont disant de moi,
Sa force est abolie,
Plus ne trouve en son Dieu
Secours en aucun lieu;
Mais c’est à eux folie.

2. Car tu es mon très seur(1)
Bouclier et défenseur,
Et ma gloire éprouvée;
C’est toi, à bref parler,
Qui fais que puis aller
Haut la tête levée.
J’ai crié de ma voix
Au Seigneur mainte fois,
Lui faisant ma complainte;
Et ne m’a repoussé,
Mais toujours exaucé
De sa montagne sainte.

3. Dont coucher m’en irai,
En seurté dormirai,(2)
Sans crainte de mégarde;
Puis me réveillerai,
Et sans peur veillerai,
Ayant Dieu pour ma garde.
Cent mille homme de front
Craindre ne me feront,
Encor qu’ils l’entreprinssent;
Et que pour m’étonner,
Clore et environner
De tous côtés me vinssent.

4. Viens donc déclare-toi
Pour mon Dieu mon Roi,
Qui de souffle renverses
Mes ennemis mordants,
Et qui leur rompts les dents
En leurs gueules perverses.
C’est de toi Dieu très-haut
De qui attendre faut
Vrai secours et défense;
Car sur ton peuple étends
Toujours en lieu et temps
Ta grande bénéficence.

(1) sûr
(2) sûreté

PSAUME 25

 1. À toi, mon Dieu, mon cœur monte,
En toi mon espoir ai mis;
Fais que je ne tombe à honte
Au gré de mes ennemis.
Honte n’auront voirement
Ceux qui dessus toi s’appuient;
Mais bien ceux qui durement
Et sans cause les ennuient.

2. Le chemin que tu nous dresses
Fais-moi connaître, Seigneur;
De tes sentes et adresses
Veuilles-moi être enseigneur.
Achemine moi au cours
De ta vérité patente,
Comme Dieu de mon secours,
Où j’ai chacun jour attente.

3. De tes bontés te recorde,
Mets en mémoire et étends
Cette grand’ miséricorde
Dont usé as de tout temps.
Oublie ma mauvaistié
Dès ma première jeunesse;
De moi, selon ta pitié,
Te souvienne en ma détresse.

4. Dieu est bon et véritable,
L’a été, et le sera;
Par quoi en voie équitable
Les pêcheurs redressera;
Les pauvres fera tenir
A vie juste et décente;
Aux pauvres fera tenir

PAUSE

5. Bonté, vérité, clémence,
Sont du Seigneur les sentiers
À ceux qui son alliance
Gardent bien et volontiers.
Hélas! Seigneur tout parfait,
Pour l’amour de ton nom même,
Pardonne-moi mon forfait,
Car c’est un forfait extrême.

6. Qui sera l’homme, à vrai dire,
Qui son Dieu désirera?
Du chemin qu’il doit élire
L’Éternel l’avertira;
À repos parmi ses biens
Vivra son cœur en grand’ âge,
Puis auront les enfants siens
La terre pour héritage.

7. Dieu fait son secret paraître
À ceux qui l’ont en honneur,
Et leur montre et fait connaître
De son contract la teneur.
Quant à moi, yeux et esprits,
En tout temps à Dieu je tourne;
Car mes pieds, quand ils sont pris,
Du filets tire et détourne.

8. Jette donc sur moi ta vue,
Prends de moi compassion;
Personne suis dépourvue,
Seule, et en affliction.
Je sens mon cœur empirer,
Et augmenter ses détresses;
Las! veilles moi retirer
De ces miennes grand’s oppresses.

9. Tourne à mon tourment ta face,
Vois ma peine et mon souci,
Et tous mes péchés efface,
Qui sont cause de ceci.
Vois mes ennemis qui sont
Non seulement grosse bande,
Mais qui sur moi certes ont
Haine furieuse et grande.

10. Préserve de leur embûche
Ma vie, et délivre-moi,
Qu’à honte je ne trébuche,
Puisque j’ai espoir en toi.
Que ma simple intégrité
Comme à l’un des tiens me serve,
Et de toute adversité
Israël tire et conserve.

PSAUME 36

1. Du malin le méchant vouloir
Parle en mon cœur et me fait voir
Qu’il n’a de Dieu la crainte:
Car tant se plaît en son erreur,
Que l’avoir en haine et horreur
C’est bien force et contrainte.
Son parler est nuisant et fin,
Doctrine il va fuyant, afin
De jamais bien ne faire:
Songe en son lit méchanceté,
Au chemin tors est arrêté,
A nul mal n’est contraire.

2. Ô Seigneur, ta bénignité
Touche aux cieux, et ta vérité
Dresse aux nues la tête.
Tes jugements semblent hauts monts,
Un abîme tes actes bons
Tu gardes homme et bêtes.
Ô que tes grâces nobles sont
Aux hommes qui confiance ont
En l’ombre de tes ailes!
De tes biens saoules leurs désirs
Et au fleuve de tes plaisirs
Pour boire les appelles.

3. Car source de vie en toi gît,
Et ta clarté nous élargit
Ce qu’avons de lumière.
Continue, ô Dieu tout-puissant,
À tout cœur droit te connaissant
Ta bonté coutumière.
Que le pied de l’homme hautain
De moi n’approche, et que sa main
Ne m’ébranle ni grève.
C’est fait, les iniques cherront,
Et repoussez trébucheront,
Sans qu’un d’eux se relève.

PSAUME 42

1. Ainsi qu’on oit le cerf bruire,
Pourchassant le frais des eaux,
Ainsi mon cœur qui soupire,
Seigneur, après tes ruisseaux,
Va toujours criant, suivant
Le grand, le grand Dieu vivant.
Hélas doncques, quand sera-ce
Que verrai de Dieu la face?

2. Jour et nuit pour ma viande
De pleurs me vais soutenant,
Quand je vois qu’on me demande,
Où est ton Dieu maintenant?
Je fonds en me souvenant
Qu’en troupe j’allais menant,
Priant, chantant, grosse bande
Faire au temple son offrande.

3. D’où vient que t’ébahis ores,(1)
Mon âme, et frémis d’émoi ?
Espère en Dieu, car encore
Sera-t-il chanté de moi.
Quand d’un regard seulement
Il guérira mon tourment.
Las ! Mon Dieu, je sens mon âme
Qui de grand désir se pâme.

4. Car j’ai de toi souvenance
Depuis outre le Jourdain,
Et la froide demeurance
De Hermon pays hautain;
Et de Misart autre mont,
Un gouffre l’autre semond,(2)
Lorsque tonnent sur ma tête
Les torrents de ta tempête.

5. Tous les grands flots de ton onde
Par dessus moi ont passé;
Mais sur un point je me fonde,
Que n’étant plus courroucé,
De jour tes biens m’enverras,
De nuit chanter me feras,
Priant d’une âme ravie,
Toi seul auteur de ma vie.

6. Je dirai, Dieu ma puissance,
D’où vient qu’en oubli suis mis?
Pourquoi vis-je en déplaisance,
Pressé de mes ennemis?
Je sens leurs méchants propos
Me navrer jusques aux os,
Quand ils disent à toute heure,
Où fait ton Dieu sa demeure!

7. D’où vient que t’ébahis ores,
Mon âme, et frémis d’émoi!
Espère en Dieu, car encore
Sera-t-il loué de moi;
D’autant qu’il est le Sauveur
Me présentant sa faveur.
Bref, pour conclure, mon âme,
C’est le Dieu que je réclame.

(1) Ores : maintenant.
(2) Semondre : inviter, engager, appeler, convier.


PSAUMES 66

1. Or louez Dieu toute le monde,
Chantez le lot de son renom;
Chantez si haut, que toute redonde
De la louange de son Nom.
Dites, Ô que tu es terrible,
Seigneur, en tout ce que tu fais!
Tes haineux, tant es invincible,
Te flattent pour avoir la paix.

2. Soit ta Majesté glorieuse
Adorée en tout l’univers;
Soit ta louange précieuse
Chantée en chansons et en vers.
Venez, voyez en vos courages
Les fait de Dieu : voyez s’il est
Grand et terrible en ses ouvrages
Vers les humains, quand il lui plaît.

3. Il a tarit la mer tant fière,
Et depuis encore par lui
À pied sec passa la rivière
Son peuple, et s’en est réjoui.
Sa seigneurie est éternelle,
Soi œil s’étend jusqu’aux Gentils;
Quiconque à lui se rebelle
Sera toujours des plus petits.

4. Peuples, chacun de vous s’emploie
À donner louange au Seigneur;
Faites qu’en tout le monde on n’oie
Rien que sa gloire et son honneur.
C’est lui qui garde notre vie
Si souvent de passer le pas;
C’est lui qui malgré toute envie
Fait que nos pieds ne glissent pas.

5. Car tu nous as mis à l’épreuve,
Tu nous as, dis-je, examinés,
Et comme l’argent qu’on épreuve
Par feu tu nous as affinés.
Tu nous as fait entrer et joindre
Aux filets de nos ennemis;
Tu nous as fait les reins étreindre
Des liens où tu nous a mis.

PAUSE

6. On a monté dessus nos têtes
Comme sur le dos d’un chameau;
Nous avons, comme pauvre bêtes,
Passé par le feu et par l’eau;
Puis tu nous as de pleine grâce
À plein rafraîchis, dont je veux
En ta maison devant ta face
Sacrifiant rendre mes vœux.

7. Voire mes vœux, que je confesse
Mes lèvres ‘avoir adressés
Lesquels au temps de ma détresse
J’ai de ma bouche prononcés.
Mainte bien belle et grasse bête
Sur ton autel veux consumer;
Béliers et bœufs et bons j’apprête
Pour devant toi faire fumer.

8. Vous craignant Dieu et sa puissance
Venez m’écouter en ce lieu,
Raconter en éjouissance,
Les biens qu’ai reçus de mon Dieu.
Quand ma bouche a fait prière,
Il m’a ouï à chaque fois;
Si que ma langue a eu matière
De le louer à pleine voix.

9. Si à quelque méchante chose
Mon cœur eût alors regardé,
Mon Dieu eût l’oreille close
À ce que j’eusse demandé.
Mais pour certain puis-je bien dire
Que le Seigneur m’a entendu;
Et pour mieux écouter mon dire,
Doux et attentif s’est rendu.

10. Loué soit mon Dieu favorable,
Qui m’a volontiers écouter,
Et de moi pauvre misérable
N'a point retiré sa bonté.


PSAUME 68

Que Dieu se montre seulement,
Et on verra soudainement
Abandonner la place:
Le camp des ennemis épars,
Et ses haineux de toutes parts
Fuir devant sa face.
Dieu les fera tous enfuir,
Ainsi qu'on voit s'évanouir
Un amas de fumée:
Comme la cire auprès du feu,
Ainsi des méchants devant Dieu
La force est consumée.

2. Cependant devant le Seigneur
Les justes chantent son honneur
En toute éjouissance:
Et de la grand’ joie qu’ils ont
De voir les méchants qui s’en vont,
Sautent à grand’ puissance.
Chantez du Seigneur le renom,
Psalmodiez louez son Nom
Et sa gloire immortelle:
Car sur la nue il est porté,
Et d’un nom plein de majesté,
L’Éternel il s’appelle.

3. Réjouissez-vous devant lui,
Qui est des pauvres sans appui
Le père débonnaire,
Qui le droit des veuves soutient
Devant Dieu, dis-je, qui se tient
En son saint Sanctuaire.
Dieu fait avoir pleine maison
À ceux qui ont longue saison
Sans nuls enfants soufferte:
Délivre les siens enferrez,
Tient les rebelles enserrez
Dans leur terre déserte.

Notes:
Éjouissance: sentiment de joie, de gaité.